A la Une de la presse européenne
A la Une de la presse européenne, ce 9 février: offensive contre l’euro; victoire des bleus en Ukraine; tractations douteuses en Italie… Avec Françoise Nice (RTBF).
«Offensive record contre l’euro». C’est le titre du Financial Times. Si l’on en croit les chiffres du Chicago Mercantile Exchange, il y a eu quelques 40 000 transactions pour un montant total de 5,8 milliards au détriment de l’euro. La monnaie unique a perdu 10% de sa valeur la semaine dernière. A l’origine de ces mouvements, la crise des finances publiques grecques, et les doutes sur le Portugal et l’Espagne. Le gouvernement espagnol a réagi : c’est toujours le Financial Times qui le raconte. Hier, la ministre des finances, Elena Salgado et son adjoint ont fait le déplacement à Londres pour lancer une opération de relations publiques. Ils ont rencontré les détenteurs d’obligations et présenté leur plan d’assainissement budgétaire. Un plan destiné à ramener le déficit de 11, 4% l’an dernier à 3% en 2013.
Et Madrid promet que si le déficit ne diminue pas, «il y a aura plus d’austérité budgétaire»: c’est la Une d’El Pais. Opération de communication espagnole à Londres, mais pendant ce temps-là en Espagne, «on ne mâche pas ses mots»: c’est De Volksrant qui en parle: Le ministre des Travaux publics José Blanco, qui est aussi le numéro deux du Parti socialiste espagnol a accusé les spéculateurs mais aussi The Financial Times, de s’être ligué contre la monnaie unique et l’Espagne. Et la rumeur court en Espagne qu’une banque d’affaires et deux grands hedge funds voudraient affaiblir la monnaie pour provoquer une banqueroute.
Van Rompuy au Sommet
A lire aussi dans The Financial Times, un article sur le sommet européen de jeudi convoqué à Bruxelles par Herman Van Rompuy. Sous le titre: «La Grèce, premier test pour Van Rompuy», l’éditorialiste du Figaro fait bien la distinction entre la Grèce qui a falsifié ses comptes pour être admise dans l’euro en 2001 et qui a continué à tricher. «L’Union européenne n’a pas le choix, écrit le Figaro: elle doit prendre la crise grecque à bras le corps. Il n’est pas admissible qu’un pays qui représente à peine 3% du PNB des 27 puisse entraîner l’Europe vers l’abîme. La preuve est ainsi faite que l’UE ne pourra se passer du “gouvernement économique” que la France réclame en vain de puis des lustres». Et le Figaro de conclure que Herman Van Rompuy a bien fait de convoquer le sommet informel de jeudi. «A lui de réussir son entrée en scène. S’il peut mettre les 27 sur la voie de la stabilisation financière, nous n’aurons pas à regretter le traité de Lisbonne», conclut Le Figaro.
L’Ukraine vote pour les bleus
The International Herald Tribune titre, «une touche d’orange en Ukraine». Les bleus d’Ianoukovitch et son parti des régions l’ont emporté avec trois points d’avance sur Ioulia Timochenko, «mais il y a un peu d’orange malgré tout». C’est l’analyse de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour le quotidien allemand, le plus grand résultat de l’élection ukrainienne n’est pas le verdict des urnes, mais son déroulement. Les élections sont déroulées selon les standards démocratiques
«Que Ioulia Timochenko soit battue de justesse dans un scrutin équitable par un Viktor Ianoukovitch qui voulait autrefois arriver au pouvoir par le mensonge, la trahison et la violence n’est pas enthousiasmant, mais ce n’est pas une catastrophe non plus», écrit la FAZ dans son édito.
«La démocratie ukrainienne est encore faible, elle est moins basée sur les institutions que sur un équilibre précaire des forces politiques. Elles ont pratiqué l’obstruction et cela malgré une crise très sévère. Dans ce contexte Ioulia Timochenko devra se monter une bonne perdante, en menant un travail d’opposition plus constructif. Son comportement au cours des derniers mois n’indique pas qu’elle soit capable d’une telle preuve de maturité».
Et plusieurs journaux tirent le portrait du vainqueur: Libération explique que Viktor Ianoukovitch n’est pas l’homme des Russes que l’on croit. «A l’époque où il était Premier ministre, entre 2002 et 2003, il n’a pas aidé le capital russe à faire main basse sur le marché local. Il est plutôt poursuit Libé, un homosovieticus, homme de clan et de réseau, comme en produisait la défunte Union soviétique. Ami des oligarques, coaché par des conseillers en communication américains, il a policé son style, appris à mieux choisir ses cravates et a amélioré sa connaissance de l’ukrainien, qu’il a appris sur le tard, tout comme sa concurrente Ioulia Timochenko».
Sous le titre, «Ianoukovitch la revanche», Le Figaro complète et nuance le portrait : rappelle l’enfance difficile de Ianoukovitch, fils de mineur, orphelin de mère à deux ans. Ses condamnations pour vol, coups et blessures au seuil de l’âge adulte. Mais le Figaro met aussi en lumière, comme Libé d’ailleurs le rôle de son ami, la plus grosse fortune du pays Rinat Akhmetov, principal sponsor du parti des régions. Après la victoire du parti des régions aux législatives de 2006, C’est Rinat Akhmetov qui aurait convaincu Iouchtchenko de prendre Ianoukovitch comme Premier ministre d’un gouvernement de coalition nationale en 2006. Akhmetov, l’oligarque faiseur de rois, c’est une affaire à suivre, comme cette info du Figaro qui explique que Ioulia Timochenko pourrait négocier de rester à son poste de première ministre.
Un nouveau scandale en Italie
L’affaire est compliquée. Mais elle occupe les premiers pages de la Repubblica et du Corriere della Sera, autant dire de toute la presse italienne: Massimo Ciancimino affirme que son père, ancien maire mafieux de Palerme lui a raconté qu’il y avait eu un deal entre la mafia sicilienne et l’Etat. Que la mafia aurait menacé Silvio Berlusconi de tuer un des ses fils, sauf si Berlusconi mettait à sa disposition une de ses chaines de télé. Cela se serait passé au début des années 90.
Forza Italia, le premier parti créé en 93 par Berlusconi serait donc né de tractations douteuses où serait impliqué son mai et sénateur Marcello Dell Utri. On en est là, mais Ciancimino accuse aussi un des magistrats engagé dans la lutte de la mafia d’avoir fait pression sur lui pour qu’il se taise. Voilà le nouveau scandale: Silvio Berlusconi a refusé de réagir officiellement, le gouvernement dénonce une attaque contre une équipe qui justement combat la mafia. Dans l’opposition, tout le monde prend ces accusations avec beaucoup de prudence, sauf le parti du juge Antonio di Pietro qui rappelle que ces rumeurs sur les origines mafieuses de Forza Italia ne sont pas neuves.


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