A la Une de la presse européenne
En France, l'affaire Bettencourt continue à mobiliser l'attention; la grève de la fin d’un suisse condamné à cinq ans de prison; la réaction des journaux après la victoire de l’Espagne contre l’Allemagne en demi-finale lors de la coupe du monde de football.
La police a recueilli la déposition de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt et la justice a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire afin de vérifier s'il y a eu effectivement financement illégal de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy aux présidentielles 2007, via Eric Woerth, actuel ministre du travail. On évoque une somme de 150 000 euros et, comme l'explique la Repubblica, la police a déjà découvert la trace de 50 000 euros, ce qui démontre que jusqu'à présent, les détails du récit de l'ancienne comptable concordent avec la réalité. Le Monde écrit que depuis le début de l'affaire Bettencourt, le chef de l'état parie sur la coupure estivale pour enrayer l'affaire. Cette ligne de défense effraye une partie de la majorité. Mais Nicolas Sarkozy veut s'en tenir au scénario initial. Il avait prévu,de longue date entamer la dernière ligne droite de son quinquennat, à savoir la campagne électorale, avec un nouveau gouvernement. Et cela doit se passer en octobre, et non pas en ce moment sous la pressions des médias et de l'opposition. L'éditorialiste du Financial Times écrit que l'impopularité record de Nicolas Sarkozy n'est pas due aux récents scandales, pas uniquement. Malgré son hyperactivité, les aboutissements de sa présidence sont rares. Il brasse du vent en somme. Et son style monarchique agace d'autant plus quand tous les français se serrent la ceinture comme des gueux. En des temps difficiles comme ceux que nous traversons, affirme le Financial times, les gens veulent des dirigeants modestes et sobres. Opinion partagée par l'éditorialiste de Die Welt: la confiance est une denrée rare et précieuse, le président bling-bling l’a perdue, et il apprécie maintenant sa valeur inestimable en regard d'une montre de luxe. Notre confrère allemand prend pour exemple les dernières élections en Grande-Bretagne: avec la victoire des tories, elles ont prouvé qu'il y a une autre voie, celle qui réside à prendre les gens au sérieux, à leur promettre de la sueur et des larmes s'il le faut, à jouer sur les allures d'héroïsme civil que peut prendre la posture de l'austérité.
Peut-on laisser mourir un prisonnier gréviste de la faim? A lire dans Le Temps. Bernard Rappaz a été condamné à 5 ans et 8 mois de prison pour avoir mené un commerce de chanvre à grande échelle. D'où son surnom, l'apôtre du chanvre. Il n'a jamais accepté sa condamnation et il exige d'être gracié, en faisant du chantage avec sa vie. Sa grève de la faim l'a conduit à une phase critique, son état de santé est alarmant, il parait résolu à aller jusqu'au bout. «Si c'est son vœu, je le laisserai mourir», a déclaré la ministre de la justice Esther Waeber-Kalbermatten. «Je ferai tout pour lui sauver la vie, sauf interrompre sa peine». Il faut éviter un dangereux précédent. Selon les directives de l'Académie suisse des sciences médicales, si, en «pleine capacité d'autodétermination», un détenu gréviste en a exprimé la volonté, on le laissera mourir. Mais le nourrir de force est autorisé par la Cour européenne des droits de l'homme. Voici le dilemme écrit Le Temps, on se heurte aux principes moraux d'une société éclairée qui doit tout faire pour sauver une vie. Mais ces mêmes principes proscrivent, non sans de bonnes raisons, l'alimentation forcée d'une personne qui, en pleine possession de ses moyens intellectuels, décide de mettre fin à ses jours.
La réaction des quotidiens espagnols et allemands suite à la demi-finale de la coupe du monde de football le 7 juillet.
«Les rêves des allemands prennent fin en demi-finale», titre le Frankfurter Allgemeine, qui épingle le fair-play de l'entraîneur, Joachim Low. Selon lui, les espagnols étaient les maitres du jeu, hier, cela fait deux ou trois ans qu'ils sont tout simplement les meilleurs. Die Welt estime néanmoins que malgré la défaite, cette jeune, multiculturelle et élégante équipe a rendu aux allemands l'espoir et le désir d'en avoir plus. «Un finaliste mémorable», c'est la manchette d'El Mundo. Quoiqu'il arrive, ces Rojas-là rentrent dans l'histoire, ils sont les premiers à accéder à la finale de la coupe du monde. Le buteur, Carlos Puyol, est renommé cœur de lion et tête d'or. Moins fair-play, la déclaration du supporter épinglée en titre, et qui sent la frustration d'avoir, en tant qu'espagnol, été sermonné par la vertueuse Allemagne pour ses dérapages budgétaires: «La crise, qu'ils se la mangent maintenant les Allemands». El Pais a cette jolie formule pour décrire la partie d'hier: les violons ont triomphé face aux tambours. Les rois d'Europe peuvent devenir les rois du monde. Ce mondial est le nôtre conclut un chroniqueur d'El Pais.
Le Tour d'Europe vous est présenté par François Kirsch.


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