La presse européenne dans la tourmente
La presse européenne est au aujourd’hui sous la loupe de nos Séquences Européennes. En Roumanie, le secteur a été frappé de plein fouet par la crise et nombre de publications ont du fermer leurs portes. En Croatie, les journalistes se plaignent d’être soumis aux actionnaires et propriétaires de presse. En même temps, au Portugal, les journalistes dénoncent l’attitude du premier ministre soupçonné de verrouiller l’accès aux sources gouvernementales. Détails tout de suite, dans ce nouvel épisode de notre programme qui vous est proposée par RRI et de RFI avec le soutien du projet Euranet, le réseau des radios européennes. Merci d’être avec nous !
Avant toute chose donnons la parole à la presse roumaine : la neige tombée ce week-end à Bucarest donne du fil a retordre aux autorités et à la population. Quels sont les autres sujets du jour ?
Les renseignements – «la zone d’intimité de l’État»
L’État a ses zones d’intimité, apprend-on à la Une de Gandul, qui cite un conseiller de la présidence roumaine. Des zones réservées aux services secrets, dont les déclinaisons roumaines font la Une de deux journaux nationaux. 20 ans se sont d’ailleurs écoulés depuis la création du Service Roumain d’Informations – les renseignements généraux – et à cette occasion Gandul se demande «combien d’agents secrets possède la Roumanie». A en croire des chiffres non officiels – 12 mille, soit «une soixantaine pour 100 mille Roumains, alors que les Britanniques en ont 6 et les Américains – 9», écrit le quotidien. Pour d’autres anciens responsables interrogés par le même journal, le nombre d’agents du SRI serait encore plus important. Les journalistes mettent en cause ce mystère qui «n’est entériné par aucune loi» roumaine. Vu que d’autres services secrets étrangers publient carrément sur leurs sites le chiffre exact de leurs employés, l’éditorialiste de Gandul, Marius Nitu, estime que les services secrets roumains doivent être au moins un peu plus transparents, côté organisation. Sinon, écrit-il, ces institutions «seront progressivement perçues comme un corps étranger par la société roumaine et cela sera un vrai problème de sécurité nationale».
Gandul constate également que la Roumanie est, au moins en théorie, un des pays européens les mieux renseignés. Elle dispose de 7 services spécialisés, alors que la Finlande, la Grèce, l’Irlande ou la Slovénie se contentent d’un seul. Le résultat de ce pullulement ? «L’espionnage roumain est un des plus performants (parmi les pays membres) de l’OTAN» affirme le directeur du Service d’Informations Extérieures, Mihai Razvan Ungureanu, sur la première page de Romania libera. Et ce parce que, dans ce domaine, les Roumains préfèrent «la qualité à la quantité» et collaborent ponctuellement avec leurs confrères d’autres pays. Les agents sont également des «patriotes», malgré les salaires pas plus élevés que ceux des «universitaires», selon le chef de l’espionnage extérieur roumain. Historien de formation, Mihai Razvan Ungureanu, ne se cache pas derrière les mots quant à la nature des activités des services secrets en général – «un service d’espionnage propose du délit. L’espionnage que nous pratiquons c’est du délit n’importe où au-delà des frontières de la Roumanie», affirme-t-il dans les pages de Romania libera.
«Paradis de la neige» ou «apocalypse blanche» ?
Du délit c’est aussi ne pas déblayer la rue enneigée devant sa maison… «A vos pelles !» s’exclame Evenimentul Zilei, qui, à compter d’aujourd’hui, apparaît dans un format presque de poche. L’appel du journal survient alors que la Roumanie est littéralement sous la neige et la tempête blanche depuis deux jours. Celle-ci a «gelé» les cours scolaires dans 11 départements et dans la capitale. Les enfants sont en vacances prolongées, de ce fait. L’occasion de profiter de ce «paradis de la neige», qui pour d’autres n’est ni plus ni moins qu’une «apocalypse blanche», selon Romania libera. Toutefois, ni les rues et les routes fermées, ni les retards immenses des trains ne semblent émouvoir les Roumains, qui se retranchent chez eux. Evenimentul Zilei a découvert qu’une «nouveau métier naît grâce la commodité (des gens) : le déblayeur de neige».
http://www.evz.ro/articole/detalii-articol/885772/Puneti-mana-pe-lopeti/
www.romanialibera.ro/a176825e/apocalipsa-alba-versus-raiul-zapezii.html
Syndicalistes et fortune
S’il est plutôt risqué d’évoquer le réchauffement climatique ces jours-ci en Roumanie, la température monté côté syndicats, mais pour d’autres raisons que les revendications. «Les syndicalistes nababs, effrayés par la publication de leur patrimoine», lit-on dans Romania libera. Une proposition législative pourrait obliger les patrons des grandes centrales syndicales roumaines à tout dire sur leurs fortunes. Les surprises pourraient être de taille vu que certains d’entre eux sont des hommes d’affaires très prospères mais plus ou moins cachés. En réaction, les syndicalistes accusent les autorités de ne pas vouloir autre chose «tacher l’image de leurs organisations». Les analystes, eux, affirment que la publication des contrats entre certaines institutions publiques et des compagnies privées serait plus profitable – les surprises pourraient être encore plus spectaculaires. C’est sûr, il y a du feu sous la neige…
Crise sans précédant dans la presse roumaine
Après avoir été contraints, une cinquantaine d’années durant, au silence et au contrôle d’un régime communiste totalitaire, les Roumains ont découvert en 1990 la liberté d’expression et la liberté de dire la vérité. 20 ans plus tard, l’avenir de la presse écrite de Roumanie est remis en question. 4 grands quotidiens – Cotidianul, Ziua, Gardianul et Business Standard – ne sont plus disponibles en kiosques. Certains, existent toujours sur Internet, mais pas tous. D’autres journaux ont remercié une bonne partie de leurs personnels. Les raisons de cet état de fait sont nombreuses – la crise économique en est le premier coupable. S’y ajoute la révolution informatique qui a déterminé de nombreux lecteurs à lire les articles sur Internet et ne plus acheter de journaux. On ne saurait ignorer non plus la concurrence des médias audiovisuels, qui ont fait chuter les fonds provenant de la publicité. Outre tout cela, «la prolifération chaotique» des journaux a entraîné la baisse de la qualité des informations publiées et de sérieux écarts à la déontologie professionnelle.
Les organisations internationales de défense des journalistes mettent elles aussi en garde contre la situation de la presse écrite roumaine. Aidan White, secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes, a demandé au gouvernement roumain de faire preuve de responsabilité et d’aider les médias, car, selon lui, la disparition de certains journaux témoigne d’un grave manque d’intérêt du pouvoir pour la liberté d’expression.
Pour leur part, les analystes pointent du doigt les journaux, qu’ils considèrent coupables en égale mesure de la chute de leurs tirages et du nombre de lecteurs. Les quotidiens se soucient notamment des intérêts de leurs patrons – d’importants hommes d’affaires roumains, pour la plupart – au détriment de leur mission primordiale d’informer le public. Le secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes, Aidan White, a constaté lui – même que le principal problème de la presse roumaine est «sa crise de crédibilité», le fait qu’elle rime trop souvent avec «corruption» et «influence politique».
Le malaise des journalistes de Croatie
Ce phénomène n’est pas unique en Europe. En Croatie également, les journalistes se plaignent d’être soumis aux actionnaires et propriétaires de presse, qui ne jurent que par les Unes accrocheuses, scandaleuse, légères et – ou court vêtues et qui risquent de sanctionner toute information contraire à leurs intérêts… Bref, la censure et l’autocensure ne se sont jamais aussi bien portées, avec pour corollaire, une chute drastique des ventes. Un reportage de Laurent Berthault de RFI.
Le malaise des journalistes du Portugal
Direction le Portugal, maintenant. La cour européenne des droits de l’homme vient de condamner le pays pour entrave injustifiée à la liberté d’expression. Un directeur d’un journal régional avait été condamné pour diffamation et violation du secret de justice après avoir dénoncé de possibles abus sexuels commis par notable local. Si le cas reste isolé, les journalistes portugais se plaignent de l’attitude du premier ministre Jose Socrates accusé d’autoritarisme et qui verrouillerait l’accès aux sources gouvernementales. Un sujet de Marie Line Darcy pour RFI.
Et c’est la fin de ces Séquences Européennes, un programme coproduit aujourd’hui par RRI et RFI dans le cadre du projet Euranet, le réseau des radios européennes. Retrouvez cette émission sur www.euranet.eu . Prochain rendez-vous avec Séquences Européennes, demain.


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