Les prestigieux vins français touchés par le réchauffement climatique
Où l'on constate que le réchauffement climatique influe aussi sur la fierté des terroirs français: le vin. Reportage en Bourgogne, où l'on s'inquiète beaucoup du futur viticole de la région...
Les changements climatiques ont aussi une influence sur les vignobles. Qui dit températures plus élevées, dit en effet raisins plus sucrés, baisse de l’acidité et vins plus chargés en alcool. Dans les vignobles situés dans les régions les plus chaudes de la France, au sud du pays, cela pourrait s’avérer dramatique. Pourtant, cette situation ne fait pas que des mécontents… Ainsi, en Bourgogne et en Champagne, deux des principales régions productrices de vin en France, les vignerons reconnaissent, non sans une pointe de gêne, qu’ils sont plutôt satisfaits des changements climatiques.
Les meilleurs grands crus de Bourgogne se trouvent sur la route de Beaune, au sud de Dijon. Là, tous les vignerons ont fait le même constat: les températures augmentent et les récoltes sont plus précoces. Les grappes arrivent à maturité environ vingt jours plus tôt, en Bourgogne comme en Champagne, depuis environ vingt ans. Une étude du géographe Gregory Jones, de l’université de l’Oregon, aux Etats-Unis, montre par ailleurs que dans 27 régions productrices de vin dans le monde les températures ont augmenté d’environ deux degrés de 1950 à 2000. En Californie par exemple, 75% des vins de la vallée du Napa doivent être «retravaillés». En France, le taux d’alcool est passé d’environ 11 degrés à 14 degrés en moyenne selon Bernard Séguin, de l’Institut national de l’agriculture (INRA), situé en Avignon. Un problème pour les vignerons, d’autant plus que la «désalcoolisation» est interdite par l’Union européenne.
Pour Denis Fetzman, directeur de la Maison Louis Latour et président de la commission technique et qualité du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, ce qui pourrait être fatal aux vignobles, est en fait plutôt un avantage en Bourgogne, qui jouit d’un climat septentrional. Même si l’altération des raisins, la perte en typicité des vins, la migration des cépages sont quelques-unes des conséquences possibles de l’augmentation des températures. Fidèle au fameux pinot noir, la Bourgogne devra-t-elle d’ailleurs vraiment adopter de nouveaux cépages? Les producteurs de la région sont partagés.
Plus au sud, mais toujours en Bourgogne, dans la région de Mâcon, Jean-Philippe Bret travaille à la Soufrandière, une propriété de neuf hectares, presque à la limite du Beaujolais. Jean-Philippe fait partie de ces vignerons qui défendent la notion de «terroir» et qui croient que les changements climatiques menacent la typicité des vins de Bourgogne. La Bourgogne est l’une des principales régions productrices de vin en France, et l’une des plus connues. Contrairement au Bordelais qui utilise plusieurs cépages pour élaborer ses vins, la Bourgogne est restée fidèle à un seul cépage. Le pinot noir a remplacé le gamay, qui dominait la région jusqu’au XIVe siècle.
Bien que d’autres cépages soient autorisés, les meilleurs crus de Bourgogne sont faits avec 100% de pinot Noir, y compris le mythique romanée conti, considéré comme le vin le plus cher au monde. Bernard Hudelot, vigneron et propriétaire du Château de Villars-Fontaine, croit que la Bourgogne verra un jour revenir de vieux cépages, y compris le gamay.




