Problèmes d’eau en Chine
La région de Pékin, l’une des grandes régions métropolitaines, est marquée par une grave pénurie d’eau, et connait un déficit en approvisionnement d’eau, une réduction continuelle du stock d’eau dans les deux principaux réservoirs d’eau de surface: Guanting et Miyun. Cette pénurie est due à la croissance démographique de la région et à la construction massive des barrages en amont des fleuves qui perturbent le fonctionnement du bassin et l’approvisionnement en eau de la région.
Face à une telle pénurie, la ville de Pékin est obligée de prendre des mesures de secours en urgence. La baisse du niveau des nappes d’eau souterraines n’est pas un phénomène récent. Cette question s’est déjà posée dans les années 80 et 90. Comme il est quasiment impossible de résoudre ce problème dans le cadre local, les autorités compétentes ont pris une mesure très simple : amener une partie d’eau d’un fleuve de bassin voisin et voire même de la mer.
En tenant compte d’un fort accroissement de la population, le gouvernement n’a qu’une solution unique et difficile à mettre en œuvre : « amener de l’eau du Sud vers le Nord ». Suite à l’évolution technologique de l’assainissement des eaux usées et du dessalement de l’eau de mer, il se peut que le pompage de l’eau de mer soit une solution puisque Pékin n’est pas loin de la mer.
En effet, la Chine est entrée dans son ère de « dégradation d’eau » en étant confrontée non seulement à la pollution d’eau, mais aussi à la « pénurie totale d’eau » et la dégradation de son écologie fluviale. Auparavant, on parlait souvent de la pénurie de l’eau, de l’eau sale, de pénurie d’accès aux ressources d’eau, de pénurie de l’eau de surface et de pénurie des nappes souterraines, ce qui ne reflète que le problème de pénurie. Mais là où résident la faune et la flore aquatique, soit l’eau est polluée, soit l’écosystème fluvial est devenu inexistant. Quasiment toutes les actions humaines dégradent l’eau.
Tout ce qui est dans l’eau a disparu, y compris les poissons, les sables et les pierres. Ce qui diminue radicalement la capacité de renouvellement naturel de l’écosystème fluvial, il en est de même pour les cultures liées à cette thématique, tels la pisciculture. Concernant la ville de Pékin où l’on voit souvent de l’ « eau de paysage », c’est une eau dépourvue de toute forme de vie. L’eau est limpide, claire, mais n’a rien à voir avec les espèces vivantes, l’air ou la terre. Un autre exemple, Mingjiang, un fleuve traversant la province du Fujian, la qualité d’eau peut être très bonne, mais on n’y trouve plus de poisson à force de pêche massive.
Dans les rizières, on ne voit plus d’escargots, d’anguilles, de grenouilles et de tortues. Feng Yonggang a publié l’année dernière son livre Une nation sans grand arbre dans lequel il décrit que dans une vingtaine de fleuves et rivières traversant le Parc naturel de la Montagne Changbai, on ne voit même plus un poisson. Avec la disparition des poissons, les oiseaux piscivores et les autres espèces liées sont également sur la voie de disparition. Depuis 2002, la Chine a lancé une campagne de construction massive de barrages, alimentant des centrales électriques dans la chaîne de montagne Hengduan, les courants d’eau sont transformés en réservoirs, et perdent leur propre capacité de vie. Sous de nombreux angles, on peut constater les conséquences dramatiques des activités humaines sur l’eau en Chine.
L’opinion publique chinoise n’est pas encore consciente de toute la gravité de la problématique de l’eau. Récemment, le fleuve Lijiang, un fleuve traversant la Région autonome du Guangxi, connaît de graves bouleversements : son lit s’est asséché au soleil, créant un épuisement total d’eau pendant toute la saison automne/hiver. Le niveau d’eau du Fleuve Changjiang (Yangtsé) subit une grave pénurie d’eau dans les lacs importants comme Boyang et Dongting. Les collectivités locales avaient la bonne idée de créer une couronne écologique tout au tour du Lac Boyang, mais n’ont pas pris les mesures nécessaires pour la diversification des espèces, on en voit aujourd’hui les conséquences désastreuses. Souvent on applique une méthode de « détruire un mur pour en construire un autre ». Par exemple, pour résoudre le problème dans le fleuve de Weishui de la province du Shaanxi où l’eau non seulement très sale, mais aussi insuffisante en quantité, on décide d’amener une partie d’eau des affluents en amont du fleuve de Han. Comme Pékin tire 10 milliards de m3 d’eau par an sur le même fleuve Han, si l’on tire encore de l’eau des affluents en amont pour l’amener au fleuve Weishui, il est certain que le Fleuve Han connaîtra de graves problèmes. Cette solution permet en apparence de sauver le Fleuve Weishui, mais elle porte atteinte au Fleuve Han, les deux fleuves seront morts finalement.
Pour sensibiliser l'opinion publique au sujet de la problématique de l’eau, il faut l’informer des problèmes à affronter afin de l'aider à formuler sa position lors de sa concertation avec les autorités compétentes quand une décision sera à prendre, en tirant les leçons de décisions par des experts du pouvoir public : le manque de dialogue, de concertation lors de la prise de décision, mènent immanquablement aux raisonnements aveugles –et donc aux conclusions - d’un nombre très restreint de personnes. Ces décisions n’arrivent pas à être justifiées par l’histoire.
En Chine, il existe encore un autre phénomène, des références glorieuses dans le passé paraissent plutôt pâles aujourd’hui. Par exemple, la Chine a connu plusieurs vagues de construction massive de réservoirs. Aujourd’hui, 80 000 réservoirs ne produisent pas grand-chose, car leur construction résulte d’un mouvement politique et non d’une réalité économique ou scientifique. La coupure d’eau du Fleuve Jaune au lieu des inondations, est due à la construction excessive de réservoirs en son amont ; la pénurie d’eau à Pékin est aussi due à la construction excessive de barrages sur le fleuve Yongding.




